La Confédération démocratique du travail (CDT), par la voix de son syndicat national des industries du pétrole et du gaz, s’est insurgée contre la flambée persistante des prix des carburants au Maroc, qu’elle qualifie de «scandale économique» nourri par une «dérégulation sauvage» et des «pratiques prédatrices» de la part des opérateurs du secteur. Dans un communiqué au ton acerbe, l’organisation syndicale fustige la responsabilité conjointe des autorités et des acteurs du marché, pointant un «engrenage spéculatif» qui, selon elle, étrangle le pouvoir d’achat des Marocains.
La Confédération démocratique du travail (CDT), à travers son syndicat national des industries du pétrole et du gaz, s’élève avec force contre l’augmentation persistante des prix des carburants au Maroc, qu’elle qualifie d’«indécence économique» nourrie par une dérégulation hasardeuse et des pratiques monopolistiques. Dans un communiqué diffusé mardi 25 février, consulté par Barlamane.com, l’organisation syndicale impute cette situation à la libéralisation du marché des hydrocarbures, entrée en vigueur en décembre 2015 sous le gouvernement Benkiran (II), qui aurait permis aux distributeurs d’accroître leurs marges de manière exponentielle sans contrôle effectif des autorités compétentes. Elle dénonce en outre l’inaction du Conseil de la concurrence, qu’elle accuse d’avoir failli à sa mission en ne mettant pas un terme aux ententes supposées entre les opérateurs du secteur.
Le syndicat rappelle qu’en 2008, alors que le baril de pétrole atteignait un sommet historique de 150 dollars, le prix du litre de carburant au Maroc ne dépassait pas huit dirhams grâce aux mécanismes de compensation alors en vigueur. Aujourd’hui, bien que le baril oscille entre 75 et 85 dollars depuis plusieurs mois, les tarifs appliqués aux consommateurs marocains restent à des niveaux nettement supérieurs, atteignant en moyenne 14,50 dirhams pour le gasoil et 15,80 dirhams pour l’essence. Cette inflation persistante des prix, selon la CDT, ne saurait s’expliquer uniquement par les fluctuations du marché international, mais résulte principalement d’un gonflement artificiel des marges bénéficiaires des distributeurs.
Les chiffres avancés par le syndicat sont édifiants. Avant la libéralisation du secteur, la marge des distributeurs ne dépassait pas 0,60 dirham par litre. Aujourd’hui, elle excéderait 3,50 dirhams pour le gasoil et 4,80 dirhams pour l’essence, soit une multiplication par près de huit en l’espace d’une décennie. Cette manne financière se traduit par des bénéfices exceptionnels pour les acteurs du marché. La CDT cite notamment une estimation de la commission parlementaire sur les hydrocarbures, selon laquelle les marges cumulées des distributeurs auraient atteint 17 milliards de dirhams en 2018, et pourraient avoisiner 80 milliards de dirhams d’ici la fin 2024.
Prédation contre la population marocaine
La centrale syndicale met en garde contre les conséquences sociales et économiques d’une telle situation. La flambée des carburants entraîne une hausse généralisée des coûts de transport et des marchandises, aggravant l’inflation et fragilisant le pouvoir d’achat des ménages. Elle accentue également les disparités, en pesant lourdement sur les foyers aux revenus modestes, déjà éprouvés par une conjoncture économique difficile.
Face à cet état de fait, la CDT formule plusieurs revendications. Elle exige la réintégration des carburants dans un dispositif de régulation des prix afin de plafonner les marges des distributeurs et de garantir une plus grande transparence sur la formation des tarifs. Elle plaide également pour le rétablissement d’un mécanisme de soutien aux ménages les plus vulnérables, destiné à atténuer le contrecoup des hausses successives. En parallèle, elle exhorte les pouvoirs publics à relancer l’activité de la raffinerie Samir, à l’arrêt depuis 2015, estimant que sa remise en service permettrait de sanctifier l’indépendance énergétique du Maroc et de limiter la dépendance aux importations de produits raffinés. Enfin, elle appelle à une harmonisation de la fiscalité appliquée au gasoil et à l’essence, afin de corriger les écarts artificiels entre les deux carburants.
Aucune réaction officielle n’a pour l’heure été enregistrée de la part du gouvernement d’Aziz Akhannouch, le premier concerné par ce dossier abrasif. Mais alors que la fronde sociale enfle et que les prix des carburants demeurent à des niveaux historiquement élevés, la question des hydrocarbures s’impose comme un enjeu majeur, au cœur des préoccupations économiques et politiques du pays.