La flambée des prix des produits de la mer et les justifications laborieuses du gouvernement

Voici la défense du gouvernement : il reconnaît que les prix de détail, bien qu’initialement soumis aux variations de l’offre et de la demande, sont alourdis par une cascade de coûts additionnels. Aux charges pesant sur les armateurs – prix du carburant, entretien des navires, conditions météorologiques affectant les sorties en mer – s’ajoutent des frais logistiques importants, liés au transport, au stockage et à la réfrigération. Surtout, la prolifération des intermédiaires, parfois en dehors de tout cadre formel et qui entraîne une inflation artificielle des prix, creusant l’écart entre la criée et les étals.

La hausse vertigineuse des prix des produits de la mer secoue le gouvernement d’Aziz Akhannouch et s’impose une fois encore comme une source de crispation pour les ménages marocains. Face aux inquiétudes engendrée par cette envolée tarifaire, la secrétaire d’État chargée de la pêche maritime, Zakia Driouich, s’est efforcée d’apporter des explications, invoquant les lois du marché, les caprices du climat et les coûts logistiques. Un argumentaire qui peine à dissiper le malaise actuel tant la question de la régulation et de la structuration du circuit de distribution continue de soulever de vives interrogations.

Répandant à une question du PPS (opposition), Mᵐᵉ Driouch a souligné que les prix pratiqués dans les halles à marée «répondent aux fluctuations de l’offre et de la demande, elles-mêmes tributaires de la saisonnalité des captures et des conditions météorologiques affectant la flottille nationale.» Les coûts d’exploitation des armateurs – comprenant le carburant, l’entretien des navires et les charges sociales – «exercent également une pression sur les prix de gros», a-t-elle dit. Toutefois, c’est bien en aval, sur les étals des détaillants, que les disparités deviennent les plus manifestes, sous l’effet conjugué du morcellement du réseau de distribution, des frais de transport et des marges pratiquées par les intermédiaires.

Conscientes de ces déséquilibres, les autorités ont entrepris, depuis plus d’une décennie, un vaste chantier de modernisation des infrastructures halieutiques. «Seize marchés de gros ont ainsi été érigés pour un investissement de 1,29 milliard de dirhams, tandis que 70 marchés de première vente ont été aménagés dans les ports, villages de pêcheurs et points de débarquement, dont quatorze récents, financés à hauteur de 635 millions de dirhams. À cela s’ajoutent dix marchés de deuxième vente hors des ports, ainsi que deux autres en cours de construction à Fès et Nador, mobilisant un budget global de 655 millions de dirhams», énumère la ministre.

Dans une volonté affichée de transparence, un système de vente aux enchères numérisé a été déployé dans 34 marchés, avec l’ambition de le généraliser. Pourtant, malgré ces efforts, les consommateurs peinent à percevoir les bénéfices concrets de ces changements. L’opacité des circuits de distribution et l’emprise persistante de certains réseaux d’intermédiaires continuent d’alimenter une inflation que les pouvoirs publics peinent à endiguer.

Parallèlement, «le renforcement des infrastructures de stockage a permis de porter le nombre d’unités frigorifiques de 54 à 90, une avancée censée fluidifier l’approvisionnement du marché. De même, l’importation de 113 000 tonnes de poisson en 2023 a été mise en avant comme un levier d’ajustement. Toutefois, ces mesures ne suffisent pas à rétablir un équilibre durable entre l’offre et la demande, tant les tensions structurelles du secteur semblent profondes», reconnaît la ministre.

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